Sunday 27 February à 18h30

Distracted blueberry

de Barry Doupé, 2019, 273'

Attention, la séance n'est pas appropriée pour les mineur.e.s
Le film est en français, sous-titré anglais : english-speakers, you are welcome !

Distracted Blueberry suit un groupe d’artistes à travers une série de rencontres poétiques. Les rhétoriques masculines sont déconstruites créant un lien entre sexualité masculine et pulsion de mort. Le corps, la violence et l’humour sont compris dans le contexte plus global du néant et de l’existence, élaborant un pont entre l’angoisse et les terreurs de la nature.

"Cette œuvre monumentale de l’artiste et cinéaste canadien Barry Doupé se présente à nous comme une (très) longue séance de masturbation, peut-être sous psychotropes, avec tout ce qu’une telle activité soutenue pourrait induire au niveau cérébral : associations totalement improbables, dérives mentales, perte totale des repères spatio-temporels et une liberté de contenu sans bornes. Un peu comme si l’on entrait dans la Black Lodge de Twin Peaks subvertie au cartoon porn. Distracted Blueberry fait partie de ces films qui rendent compte de l’animation comme la technique cinématographique idéale afin d’expérimenter des mondes où absolument tout est possible, et où la technique n’est plus qu’un vecteur soumis à la seule liberté de l’esprit.

Plastiquement, le film se situe dans un jeu d’expérience limite avec la représentation de l’obscène, et utilise les innombrables fluides qui peuplent son film (sang, sperme, merde, pisse et bouffe) comme de véritables matériaux, qui s’étalent sur l’écran à la manière d’un dripping numérique. La mise en scène, elle, emprunte énormément à la fiction et au langage télévisuel, voire au soap opera, créant ainsi un étrange malaise chez le/la spectateur.ice : alors que ce qui apparaît à l’écran dépasse parfois l’entendement, les cadrages, mouvements de caméra, et rythme de montage concourent à rendre cette représentation intelligible, presque banalisée et parfois très drôle, créant ce que l’on pourrait considérer comme un film camp d’une nouvelle ère, intégralement numérique. Si cet emprunt à la dramaturgie télévisuelle rend le film extrêmement dynamique, celui-ci est vidé de tout contenu fictionnel qui pourrait créer un quelconque suspense ou une attente narrative : la répétition et la lenteur des gestes, ainsi que la désincarnation et l’apathie des personnages-marionnettes contribue à créer une étrange distance avec ce qui se passe à l’écran. Le film n’est pour autant jamais froid, car les corps stéréotypés qui peuplent le film nous rappellent constamment, à l’image de certains personnages de jeux vidéos, l’extrême solitude de nos existences de plus en plus numériques et désincarnées."

- Théo Deliyannis


Infos pratiques

34, rue Daubenton – Paris 5e
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